C’est le cœur lourd que je prend la plume aujourd’hui.
Je n’aime plus mon métier.
Je suis fatigué. Fatigué d’une gestion hospitalière administrative qui joue avec des numéros, avec des gens. Juste pour avoir un bilan qui plaise au chef. Sans chercher à comprendre ce qui est géré et les implications que cela peut avoir. Mon métier ne veut plus rien dire. Formés pendant deux années supplémentaires et après un concours seulement accessible après un minimum d’expérience nous avons eu droit au programme de l’internat d’anesthésie. Pourquoi ? Pour rien.
Je suis fatigué de devoir me justifier sur les doses que j’utilise lorsque j’effectue une titration analgésique. Ce sont les doses des recommandations. Ni plus ni moins. Mais parce que le médecin ce jour là est mal embouché, ça le défrise que l’infirmier ait fait son analgésie comme un grand. “J’aimerai que tu me demandes avant de faire les choses”. Et la prochaine fois que je suis obligé d’intuber à ta place parce que tu prends le laryngo dans la main droite, je te demande la permission aussi peut être, ou j’attends que la gamine crève ?
Je suis fatigué des grandes claques dans le dos façon “putain heureusement que vous êtes là” et des coups de poignard entre deux portes “je les laisse faire, ça leur fait bien plaisir”. Les IADE doivent se battre pour garder la possibilité de faire du SMUR alors qu’ils sont sensés être prioritaires dans cette activité (c’est inscrit dans le Code de la Santé Publique). Alors on veut les faire retourner au bloc… pour qu’ils soient en salle de réveil. Ils sont dingues.
Je suis fatigué de devoir jouer les diplomates avec des médecins qui, lorsqu’un vieil homme se plaint d’une douleur qui l’empêche de marcher se demandent ce qui se passe. Pourquoi? Parce que le vieil homme a mal après une semaine d’hospitalisation en cardiologie, que son point de ponction de perfusion est rouge vif, que sa hanche est chaude, qu’il est fiévreux et qu’il a une prothèse de hanche de ce côté. Parce que ce vieil homme est mon grand père et que c’est moi qui suis obligé d’organiser son transfert en orthopédie pour qu’on confirme que oui, la hanche est infectée et qu’il faut faire un lavage d’urgence.
Et j’ai peur. Peur qu’un jour quelqu’un dans ma famille ait un problème. Un vrai problème. Et que je ne sois pas présent. Le jour ou cela arrivera, je serais chiant, pénible pressant et intervenant physiquement. Parce que malheureusement j’ai la malchance de voir tous les jours de plus en plus que les incompétents sont de plus en plus nombreux à des postes sensibles. Et je devrais fermer ma gueule parce que je suis infirmier ?
Alors je vais travailler vidé de toute motivation. De tout plaisir. Mon travail est simplement devenu alimentaire. Dès que l’occasion se présentera j’en changerai.
Mon seul réconfort, mon seul plaisir est de retrouver ma famille. De pouvoir serrer mon fils dans mes bras, le voir sourire, faire des bêtises, s’étonner me câliner. Voir ma femme aussi qui, je ne sais comment arrive elle à encore aimer son boulot à l’hôpital. Ils sont devenus dingues dans les hôpitaux publics. Je veux rester dans ma bulle, dans ma famille et les laisser se bouffer entre eux et se complaire dans leur suffisance crasse.
Vous l’aurez compris, ce blog n’a plus aucune raison d’être. Il était déjà moribond et après une longue période d’inactivité il est en train de lâcher son dernier soupir. C’est celui que vous êtes en train de lire. Vous pouvez toujours essayer de laisser un message ou d’écrire sur le mail du blog. Je passerai de temps en temps. Mais n’attendez pas de réponses. En tout cas pas de réponses rapides.
Et surtout, surtout… Portez vous bien.подаръци



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