oct 22

C’est le cœur lourd que je prend la plume aujourd’hui.

Je n’aime plus mon métier.

Je suis fatigué. Fatigué d’une gestion hospitalière administrative qui joue avec des numéros, avec des gens. Juste pour avoir un bilan qui plaise au chef. Sans chercher à comprendre ce qui est géré et les implications que cela peut avoir. Mon métier ne veut plus rien dire. Formés pendant deux années supplémentaires et après un concours seulement accessible après un minimum d’expérience nous avons eu droit au programme de l’internat d’anesthésie. Pourquoi ? Pour rien.

Je suis fatigué de devoir me justifier sur les doses que j’utilise lorsque j’effectue une titration analgésique. Ce sont les doses des recommandations. Ni plus ni moins. Mais parce que le médecin ce jour là est mal embouché, ça le défrise que l’infirmier ait fait son analgésie comme un grand. “J’aimerai que tu me demandes avant de faire les choses”. Et la prochaine fois que je suis obligé d’intuber à ta place parce que tu prends le laryngo dans la main droite, je te demande la permission aussi peut être, ou j’attends que la gamine crève ?

Je suis fatigué des grandes claques dans le dos façon “putain heureusement que vous êtes là” et des coups de poignard entre deux portes “je les laisse faire, ça leur fait bien plaisir”. Les IADE doivent se battre pour garder la possibilité de faire du SMUR alors qu’ils sont sensés être prioritaires dans cette activité (c’est inscrit dans le Code de la Santé Publique). Alors on veut les faire retourner au bloc… pour qu’ils soient en salle de réveil. Ils sont dingues.

Je suis fatigué de devoir jouer les diplomates avec des médecins qui, lorsqu’un vieil homme se plaint d’une douleur qui l’empêche de marcher se demandent ce qui se passe. Pourquoi? Parce que le vieil homme a mal après une semaine d’hospitalisation en cardiologie, que son point de ponction de perfusion est rouge vif, que sa hanche est chaude, qu’il est fiévreux et qu’il a une prothèse de hanche de ce côté. Parce que ce vieil homme est mon grand père et que c’est moi qui suis obligé d’organiser son transfert en orthopédie pour qu’on confirme que oui, la hanche est infectée et qu’il faut faire un lavage d’urgence.

Et j’ai peur. Peur qu’un jour quelqu’un dans ma famille ait un problème. Un vrai problème. Et que je ne sois pas présent. Le jour ou cela arrivera, je serais chiant, pénible pressant et intervenant physiquement. Parce que malheureusement j’ai la malchance de voir tous les jours de plus en plus que les incompétents sont de plus en plus nombreux à des postes sensibles. Et je devrais fermer ma gueule parce que je suis infirmier ?

Alors je vais travailler vidé de toute motivation. De tout plaisir. Mon travail est simplement devenu alimentaire. Dès que l’occasion se présentera j’en changerai.

Mon seul réconfort, mon seul plaisir est de retrouver ma famille. De pouvoir serrer mon fils dans mes bras, le voir sourire, faire des bêtises, s’étonner me câliner. Voir ma femme aussi qui, je ne sais comment arrive elle à encore aimer son boulot à l’hôpital. Ils sont devenus dingues dans les hôpitaux publics. Je veux rester dans ma bulle, dans ma famille et les laisser se bouffer entre eux et se complaire dans leur suffisance crasse.

Vous l’aurez compris, ce blog n’a plus aucune raison d’être. Il était déjà moribond et après  une longue période d’inactivité il est en train de lâcher son dernier soupir. C’est celui que vous êtes en train de lire. Vous pouvez toujours essayer de laisser un message ou d’écrire sur le mail du blog. Je passerai de temps en temps. Mais n’attendez pas de réponses. En tout cas pas de réponses rapides.

Et surtout, surtout… Portez vous bien.подаръци

écrit par Trubli0n

fév 19

 

Sortie SMUR pour un homme inconscient sur la voie publique. Le médecin avec qui je sort est un anesthésiste que je connais bien. On travaille régulièrement ensembles et on s’apprécie. Arrivés sur les lieux, un homme nous fait signe. Il nous mène à la victime. Un type d’âge moyen qui sent vaguement l’alcool, mais qui reste très loin des standards du genre (qui émanent à trois mètres). Il respire normalement, ne répond à aucune stimulation. Nous le chargeons vite fait dans l’ambulance, il fait froid.

 La situation est embêtante. Tous les signes vitaux sont strictement normaux. Seule cette inconscience fait tache. Pas de signes d’injections, l’haleine est alcoolisée, mais tout comme pourrait l’être la mienne après un apéro. J’ai posé une perfusion avec une aiguille de bon calibre (14G ça commence à aller…) justement pour le faire réagir par la même occasion. Nada. Nous restons perplexes et demandons un renfort pour un second avis. Quelques minutes plus tard, le renfort arrive et commence son examen de la même manière qu’à notre arrivée. Et là miracle, monsieur daigne ouvrir les yeux et nous lâcher “c’est une putain d’ambulance ou quoi ? vous allez m’emmener à l’hôpital oui ? qu’est ce qu’on fout là bande de connards !”

 ”Et toi enculé tu me retouches je t’exploses la gueule”

 C’était pour moi. Oui, je suis particulièrement doué pour les stimulis douloureux…

 J’ai pris sur moi pendant le transfert pour ne pas lui sauter dessus. Parce que le zèbre en question a continué à me chauffer pendant 10 minutes. L’anesthésiste est resté entre lui et moi. Je pense qu’il m’avait vu prendre le manche de laryngo en main… Un manche de laryngo, ça fait mal même sur un connard. J’ai pris le temps d’appeler la régulation pour que les flics nous attendent aux urgences. Et ce qui devait arriver arriva. L’abruti dans le box a tout à coup décidé de tout arracher. Résultat du sang partout et surtout dans les yeux de ma collègue des urgences qui se tape un accident d’exposition au sang dans la foulée. Ne croyez pas que les flics aient levé le petit doigt, c’est moi qui ai sauté sur le gars pour le plaquer au sol. Je dois dire à ma grande honte que je n’attendais que ça.

Ce n’est pas la première fois que ce genre de chose arrive. Et invariablement cela se termine de la même façon. Que ce soit moi ou un autre qui saute sur l’intéressé.

En sortant des urgences, je jure, je vocifère, je peste. J’en ai plein les bottes des connards. Il est temps que je retourne au bloc…

écrit par Trubli0n

jan 09

 

L’activité du blog étant moribonde, j’ai passé l’autorisation de commentaires aux utilisateurs enregistrés uniquement. Il faut donc maintenant être enregistré pour commenter et je validerai manuellement. J’ai fait le ménage dans la liste des abonnés pour retirer tous les systèmes de pub automatiques et autres spams.

Merci pour tous les commentaires positifs qui ont été laissés sur le précédent post. Il n’y a pas de livre en préparation (je ne pense pas que ce soit assez bon pour ça d’ailleurs) ni quoi que ce soit  dans ce genre.

Image tirée des balayeurs du désert.ПодаръциикониикониПравославни иконииконописikoni

écrit par Trubli0n

déc 24

Un petit mot rapide pour vous souhaiter de joyeuses fêtes.

Le blog est plus qu’au ralenti. En fait, je me demande si je vais le maintenir. Il semble qu’un certain nombre de personnes essaient de savoir qui je suis. Je n’en fais pas un secret d’état, mais pour des raisons de tranquillité, je préfère rester discret. Je ne vois pas vraiment l’intérêt de ce genre de démarche.

Je vais encore laisser couler de l’eau sous les ponts. On verra bien.Икони

écrit par Trubli0n

oct 03

Ce premier octobre était une journée riche en enseignements.

Nous sommes dans un état qui n’est pas loin de ses heures les plus sombres. Les mots semblent lourds. Il sont chargés de sens.

La manifestation a été réprimée avec une compétence toute dictatoriale. Provocations, violences gratuites, charges sans aucune échappatoire. Ils le savaient, il n’avaient pas à faire à des gens habitués à la violence et sur leur territoire. Ils s’en sont donc donné à cœur joie.

Le problème, c’est que les gens présents dans la manifestation étaient loin de chercher cette violence. Maintenant qu’elle a été déchaînée ceux qui étaient encore modérés (comme moi) n’ont qu’une envie ; en foutre plein la gueule aux connards qui se sont fait plaisir. Réaction primaire, individuelle et à l’origine des pires tragédies lorsqu’elle est collective.

Nous sommes au delà même des revendications, au delà de toute négociation.

Il n’y a que deux issues à de conflit.

  • L’extinction qui verra le triomphe d’une politique totalitaire
  • La radicalisation qui fera sans doute émerger le côté le plus sombre de gens qui ne font qu’aspirer au meilleur

Dans les deux cas, l’avenir est sombre.



Les Wriggles : CRS (live au Furia Sound Festival 2008)
envoyé par assocouac. - Regardez plus de clips, en HD !

écrit par Trubli0n