Temps partagé

 

Il y a un truc qui a toujours tendance à m’agacer (parmi la foule de choses qui m’agacent). C’est le double discours d’une certaine (et malheureusement majoritaire à mon avis) tranche de médecins. Je prend l’exemple le plus évident qui est celui de notre chère société « savante »; la SFAR.

La SFAR donc, comme d’autres, estime qu’il est nécessaire de penser pour les infirmiers anesthésistes. Elle a donc émis des recommandations dont le contenu en gros (et pour être grossier) se résume à ; Les IADE sont des gens très compétents et formés. Surtout pour passer la chiffonnette et appeler le médecin lorsque le moniteur couine. J’ai déjà parlé de cela et expliqué que dans la vraie vie, les IADE géraient des anesthésies de A à Z au bloc opératoire. Magiquement, de 17H à 7H le matin, l’IADE de garde peut aller piquer les péridurales. Magiquement aussi, il peut poser un KT central ou une voie artérielle lorsque le besoin s’en fait sentir (deux urgences en simultanée par exemple) ou que l’habitude le valide. La SFAR vous expliquera que c’est légal, le médecin anesthésiste en face de vous le jour « J » que c’est nécessaire et pas moins illégal que l’intubation. Et effectivement, l’intubation n’est pas plus listée qu’une voie artérielle, centrale où une pose de drain thoracique… Si le geste fait partie du protocole de prise en charge pour une anesthésie et la réanimation per opératoire il les réalise. Je cite le texte :

Article R. 4311-12
L’infirmier ou l’infirmière, anesthésiste diplômé d’Etat, est seul habilité, à condition qu’un médecin anesthésiste-réanimateur puisse intervenir à tout moment, et après qu’un médecin anesthésiste-réanimateur a examiné le patient et établi le protocole, à appliquer les techniques suivantes :

  1. Anesthésie générale ;
  2. Anesthésie loco-régionale et réinjections dans le cas où un dispositif a été mis en place par un médecin anesthésiste-réanimateur ;
  3. Réanimation peropératoire.Il accomplit les soins et peut, à l’initiative exclusive du médecin anesthésiste-réanimateur, réaliser les gestes techniques qui concourent à l’application du protocole.[...]

Vous noterez qu’il faut qu’un MAR puisse intervenir à tout moment. Et c’est cette notion qui est bien amusante. Le « à tout moment » étant une notion très labile en réalité.

J’ai donc fait le compte sur une semaine du temps ou je suis seul en salle et ou un MAR participe avec moi à la prise en charge du patient. J’ai aussi fait le compte avec ou sans interne. Parce qu’un MAR si on respecte les textes c’est tout de même au moins un médecin thésé. Ce que ne sont pas les internes.

Bilan du temps de présence médical thésé : 12,5%

Bilan cumulé présence médicale thésée + interne 40%

Je ne suis pas en train de dire qu’ils sont au café lorsqu’ils ne sont pas en salle (il y a une foule d’autres choses à faire pour un médecin). Mais les faits sont là. Lorsqu’un anesthésiste affirme fièrement dans une émission que la personne qui reste en permanence à côté du patient c’est lui, il ment. Cela arrive, bien sûr, pour des interventions spécifiques et des interventions lourdes, mais pas dans le quotidien d’une activité normale et réglée de bloc opératoire.

PS : Un indice pour ceux qui se posent la question rapport à la photo de l’article. Le médecin, c’est celui qui peut se payer un pistolet en or :p.

À propos de Trubli0n

Infirmier anesthésiste dans un CHU et chez les pompiers.
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