Prêt à tout

On a coutume de dire qu’un des attraits du pré-hospitalier, c’est l’imprévu. Si cela fait toujours bien lorsqu’on répond à une caméra, c’est un lieu commun qui est faux. L’imprévu on aime pas ça. Ou en tout cas, ça ne doit pas nous surprendre.

 

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Ce que certains pourraient considérer comme exceptionnel doit devenir, en SMUR, le quotidien. On sait d’ailleurs tous que dans une grande majorité des cas, ce sont des consultations de médecine générale à caractère d’urgence relative. Il y a de grands classiques, dont la douleur thoracique n’est pas des moindres.

 

Votre exception, notre quotidien

Prenons donc ce sujet consensuel ; la douleur thoracique. Chaque infirmier ayant un minimum de bouteille va pouvoir vous décrire ce qui va se passer dans la prise en charge. Le médecin réalise son interrogatoire, son examen, il cherche les antécédents va essayer de trouver un ancien ECG de référence… Pendant ce temps, l’infirmier réalise l’ECG, éventuellement les dérivations droites et postérieures en fonction de la situation, perfuse et peut souvent débuter le traitement immédiatement (le médecin ayant entre temps pris ses décisions thérapeutiques).

Dérivés nitrés, antiagrégants, antigoagulants, anti douleur, plus ou moins oxygène, plus ou moins bilan avec la pose de perf et roule ma poule vers la coronarographie et/ou le service de soins intensifs de cardiologie. C’est partout pareil à quelques options prêtes.

Le rituel qui permet de faire en sorte que tout cela se passe bien a lieu en amont. C’est la vérification du matériel. rébarbative pour ceux qui la pratiquent au long cours, elle est pourtant indispensable. Je mesure souvent le niveau de « blasitude » de mes collègues à la façon dont cette vérif est faite. Une vérif faite correctement c’est déjà une grande part du boulot à oublier. C’est d’ailleurs valable aussi bien au bloc opératoire le matin qu’au SMUR ou chez les pompiers.

 

La check list au bloc opératoire... au début de la journée et avant chaque intervention.

Mais il ne s’agit pas juste de compter les compresses et de savoir si les médicaments sont périmés. Bien sûr, c’est important, ne serais-ce que pour savoir d’emblée où chercher son matériel. Rien de moins professionnel que de vider toutes les poches du sac pour trouver le thermomètre…

Ce qui est encore plus important, c’est de savoir pourquoi on utilise tous ces médicaments, de se remémorer leur dosage, leur préparation, leurs contre indications et les éventuelles mesures spécifiques ou contre mesures. Je ne suis pas omniscient. Il me faut donc régulièrement me remettre en question au moindre doute. La dilution de l’adrénaline par exemple en pousse seringue. Elle est différente en SMUR et en réa. C’est quoi déjà ? Dans ce sac, la morphine est dans ce compartiment où est la Naloxone (son antidote) au fait ? Dans le kit d’intubation difficile, est ce qu’on a reçu les nouveaux dispositifs de trachéo ?

En se posant ces questions on découvre parfois des choses étonnantes. Presque tous les jours. Non, la vérif, ce n’est pas que compter les ampoules.

 

Se préparer à tout

Faire la vérif, c’est se préparer mentalement à pas mal de situations. Bien sûr on ne fait pas le sac en se disant « aujourd’hui, on va faire une désincarcération ». Mais à chaque élément sa place et son rôle. Prenons un exemple qui prêche en faveur de ma paroisse ; la classique intubation trachéale.

Tiens, d’ailleurs j’y associe le mot classique déjà. Ce geste ne devrait rien avoir d’exceptionnel. En effet, il s’agit de la routine pour n’importe quel infirmier anesthésiste. Le fait de pratiquer très régulièrement ce geste va nous faire entrer dans une sorte de routine. Une routine qui s’applique aussi aux vérifications et à la cascade de mesures à prendre en fonction des tuiles qui vont nous tomber sur la tête. Qu’un seul élément manque avant d’intuber et l’IADE aura le sentiment que quelque chose ne tourne pas rond et se refera une vérification mentale avant de mettre le tuyau. Ici, c’est l’aspiration qui va manquer là, c’est le mandrin qui ne sera pas prêt, ici encore, c’est l’Ephédrine qui manquera dans une situation où elle aura de grandes chances d’être utile.

A chaque tuile sa solution et un coup d’avance qui aura été vérifié ; Un mandrin d’Eschmann, un Fastrach, un kit de trachéo. Bien sûr mes collègues infirmiers ont également cette culture de la vérification. Mais elle ne peut englober l’ensemble d’une prise en charge de réanimation pré-hospitalière.

Une équipe surprise travaille dans l’improvisation. Etre surpris, c’est aussi s’exposer à l’un de ses synonymes ;la consternation, le saisissement, la stupeur. Autant de choses qui n’ont absolument pas leur place en SMUR. Ce n’est pas l’imprévu qui nous motive, mais les situations variées et potentielles qui peuvent se présenter. Et notre capacité à traiter cela en routine.

 

À propos de Trubli0n

Infirmier anesthésiste dans un CHU et chez les pompiers.
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