Les nouveaux jouets

Depuis quelques temps, il y a plein de nouveau jouets au bloc opératoire. S’ajoutant au désormais classique Glidescope il y a d’autres variantes de vidéo laryngoscopes. C’est la grande mode et un marché juteux, pour peu que le chef de service ait apprécié la démonstration (ou une autre caractéristique) du VRP d’un labo quelconque.

En mode sarcastique, je m’amuse de ces nouveaux outils. Je les classe dans la catégorie « l’intubation pour les nuls ». Faisons un rapide tour d’horizon des GoPro du bloc opératoire.

 

Ça glisse Alice

Tout d’abord, le plus célèbre ; Le Glidescope. Il me semble que c’est le plus connu et le plus utilisé. Depuis qu’il a fait ses débuts, il n’a cessé d’évoluer. Tout d’abord à usage multiple, le système se décline aujourd’hui en versions à usage unique et en versions « portables ».

Lesquelles sont particulièrement appréciées en SMUR puisque certains s’imaginent que cela peut avantageusement remplacer un IADE par exemple. Ils oublient un peu les « à côté », mais passons, je digresse. Pour les versions aujourd’hui les plus répandues, ce sont des consommables jetables qui sont privilégiés. C’est bien plus rentable et cela rend le client captif, ce dernier étant convaincu par l’absence de filière de nettoyage / décontamination de son matériel (et puis on vire des gens au passage). On en arrive même à des machines qui sont « offertes » du moment qu’on commande ensuite les consommable. C’est une façon de faire tout à fait similaire aux glucomètres.

Glidescope

Le Glidescope est donc basiquement un laryngoscope auquel on a ajouté un éclairage et une caméra à fibre optique. La caméra se trouve sur la partie distale de la lame et elle affiche son image sur un écran déporté ou sur un moniteur en salle si elle y est branchée. Très pratique pour faire un petit cours sur le geste, en présence d’un public subjugué par tant de maîtrise avant gardiste. Petit raffinement, il faut utiliser un mandrin spécifique dans la sonde d’intubation pour que cette dernière prenne la forme optimale afin de toucher la cible (la glotte). Les médecins les plus compétents râlent contre ces mandrins et n’hésitent pas à les déformer pour « que ce soit mieux ». On en commande donc régulièrement pour ceux qui savent l’utiliser correctement et l’introduire dans les règles…

Malgré une lame relativement épaisse (elle s’est affinée sur les dernières versions), le système est très pratique pour les petites ouvertures de bouche et les patients suspects d’intubations difficiles. L’avoir à portée de main pour pallier à des difficultés imprévues peut aussi sauver la mise. Lorsque la colonne cervicale est immobilisée, le Glidescope permet également d’intuber en diminuant les risques de mouvements. Avec cet appareil, il ne faut en effet pas « charger » la langue ni appliquer de traction, même s’il faut parfois tout de même trouver sa place.

Le Glidescope a donc tout à fait sa place dans l’arsenal de prise en charge d’une intubation difficile prévue ou non. Mais il n’a pas que des avantages.

Le fait d’avoir le regard rivé sur un écran et non plus sur le patient expose à des lésions au niveau des dents et des lèvres. C’est mineur pour les lèvres (on accepte un hématome, si c’est pour respirer), c’est un peu plus embêtant si une dent se fait la malle au passage. Une fois encore à mettre en balance avec les bénéfices attendus…

Le geste est presque le même que pour une laryngoscopie classique, il faut toujours exposer en exerçant une traction vers l’avant et vers les jambes (pour schématiser).

Souriez vous êtes sur la photo

Le second bidule en vogue, c’est l’Ambu Pentax Airway scope. Appelé plus simplement « Pentax » par les intimes. Orange presque fluo, ce vidéolaryngoscope intègre directement un écran. Il serait donc bien pratique pour le pré hospitalier, puisqu’en plus on peut s’amuser à tourner l’écran presque dans tous les sens.

Grosso modo, même principe que pour tous les autres gagdets. Une caméra, une fibre optique, une lumière froide et bien sûr, bien sûr des consommables  qui coûtent un bras. Parce que le plastic médical c’est très cher…

En revanche le Pentax est très didactique pour montrer tout ce qu’il ne faut pas faire lors d’une intubation normale. Une fois la lame mise en place, il faut basculer l’ensemble exactement comme si on tirait une bière. Petite particularité également, on charge l’épiglotte. C’est à dire qu’au lieu de se placer dans le sillon juste au dessus, on va la prendre avec la lame. Ce n’est pas interdit (on le fait avec les lames droites en pédiatrie), mais ce n’est pas usuel.

Pentax

Après, comme la sonde est pré-montée directement sur le côté de la lame, il suffit de la pousser sous contrôle de la vue. Vous apprendrez d’ailleurs vite à lubrifier bien largement la sonde ainsi que le support en plastique. Sinon, c’est la croix et la bannière pour faire bouger le dispositif.

Le Pentax a une autre particularité rigollotte : dès que le voyant de piles faibles s’allume, c’est trop tard. Vous avez 10 secondes pour changer les piles ou intuber.

Personnellement, je reste au bon vieux mandrin d’Eischmann. Pas besoin d’énergie, malléable presque à loisir, et prêt en 5 secondes. Vieux con rétrograde ?

Présent !

À propos de Trubli0n

Infirmier anesthésiste dans un CHU et chez les pompiers.
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