Nombreuses victimes

Branle bas de combat. Sortie pour AVP, bus contre voiture. Je suis dans mes bottes d’infirmier de sapeur pompier. J’étais en train de revenir d’une autre intervention et manque de pot, je suis juste à côté des lieux. Manque de pot parce qu’arriver seul et le premier sur un accident de ce genre ce n’est pas vraiment une sinécure.

Le bus a évidement explosé tout l’arrière de la voiture qui lui a coupé la route. Voiture qui a passé un « cédez le passage » sans ralentir. Pour le coup, c’est le coffre qui a été cédé… Le papy qui la conduisait est en discussion avec un témoin. Choqué psychologiquement, il ne semble présenter aucune lésion visible. Je demande au témoin de rester avec lui et d’attendre que les renforts arrivent. J’aborde le bus. Le conducteur me confirme rapidement qu’il ne roule pas au GPL. C’est déjà ça, mais de toute manière son engin n’est que très légèrement endommagé. Dans le bus, c’est la panique. On pleure, on crie. Une paroi en verre a explosé. Je demande à tous les gens qui sont déjà debout de sortir par l’arrière du bus et de se regrouper au niveau du panneau d’interdiction de stationner juste à côté. Ma première priorité n’est pas de commencer à soigner les bobos, mais de faire un tri entre ce qui est urgent ou non. Une demi douzaine de personnes sont restées après ce premier « écrémage ».

Une maman se plaint de douleurs cervicales, mais elle n’a pas subi de choc direct. Elle est avec ses deux enfants qui n’ont logiquement pas voulu la quitter. Pas de perte de connaissance, pas de paresthésies, aucun saignement et parfaitement orientée. Je lui laisse le choix de rester tranquillement assise avec  sa famille ou de sortir. La femme assise en face et dans le sens de la marche a mal au crâne. Et pour cause, c’est sa tête qui a percuté une paroi vitrée qui a littéralement explosé. Elle est pâle, tachypnéique et se plaint de fourmillements dans les mains et les jambes. Pour autant il n’y a pas de plaie visible ni de saignement. Le trauma crânien n’a pas engendré de perte de connaissance. Je demande au chauffeur du bus de lui faire un maintient tête en attendant que mes collègues pompiers arrivent. La suite, c’est un couple de jeunes amoureux qui se sont retrouvés au sol sous la violence du choc. Le jeune homme se plaint du poignet, sa compagne est indemne. Je lui demande de rester assis et de maintenir son avant bras en position comme il le fait tout naturellement. Il n’y a pas de déformation, il bouge des doigts qui sont bien colorés et sensibles. Dans la foulée je décroche le téléphone pour informer rapidement la régulation de la situation. Sur ce genre d’alerte, on aime bien savoir s’il faut immédiatement déclencher un plan spécifique pour prendre en charge de nombreuses victimes. Une VL suffira pour faire un véritable tri médical. On me confirme que deux VSAV sont aussi en route.

Dans la demi heure qui a suivi, le médecin a éliminé une atteinte cervicale pour la dame qui avait percuté la vitre et mis les fourmillements sur le compte d’une hyperventilation consécutive au stress. Il a confirmé l’entorse / fracture du poignet du jeune homme et laissé la mère de famille rentrer tranquillement chez elle.  Pendant ce temps, j’ai fait le tour de l’ensemble des gens qui étaient présents dans le bus pour que tout soit carré au niveau des formalités administratives. Tout le monde est noté comme vu et tout le monde a eu la possibilité de rencontrer le médecin s’il le désirait.

C’est une situation assez originale. Dans ce genre de cas, on ne cherche pas à soigner (s’il n’y a pas de détresse vitale), mais à gagner du temps pour le second rideau qui va arriver. Il ne me servait par exemple à rien d’aller chercher un collier cervical ou une attèle. Ce qui était important, c’était de faire le tour de la situation en 5 minutes à la recherche d’une urgence vitale. Ainsi, à l’arrivée des renforts, il eut été facile d’orienter chaque moyen vers la bonne personne.

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Le SMUR de plus en plus dangereux ?

J’ai hésité un moment avant de faire cette petite vidéo. Avant de la commenter de la façon dont vous allez le voir. Mais après tout, d’autres ne se sont pas gênés (urgentistes en tête de file) pour nous tailler des shorts taille extra small.

Il ne s’agit pas de faire la guerre à mes collègues IDE. Ni de mettre en avant une quelconque supériorité de fait. J’en ai déjà parlé, être IADE ne rend pas supérieur à un autre paramédical. De la même façon qu’on ne considère pas qu’un radiologue serait supérieur à un pneumologue. Mais j’ai déjà affirmé que l’IADE était le meilleur personnel pour l’urgence pré hospitalière. Le seul aujourd’hui qui dispose de la formation adéquate pour être opérationnel au sortir de son apprentissage. C’est un enseignement uniformisé et national qui ne laisse pas de place au hasard de l’expérience , de l’implication, ou des formations complémentaires que sont obligés de suivre les collègues qui souhaitent exercer également dans ce domaine.

Un ami m’a fait une assez belle analogie des rôles que peuvent avoir les différents personnels dans un SMUR en utilisant sa passion -le tir à l’arc- comme exemple :

  • Le médecin : C’est l’entraîneur. Celui qui connait parfaitement son boulot et qui sait prendre en compte tous les paramètres nécessaires pour atteindre le centre de la cible à 200m de distance. Il a une formation complète et connait toutes les ficelles. Seulement, s’il sait prendre les bonnes décisions, il n’a pas l’entraînement nécessaire à la réalisation précise des paramètres à exécuter.
  • L’infirmier anesthésiste : C’est l’archer. Lui en revanche, malgré un certain bagage pour comprendre que le vent va entraîner une certaine déflexion de sa flèche, il ne saura pas prendre l’ensemble des paramètres en considération pour prendre la bonne décision. Grâce à son expérience, il peut toujours discuter des options avec le médecin parce qu’en tirant tous les jours pour atteindre sa cible, il sait parfaitement doser sa force et donner une direction précise à son projectile.
  • L’infirmier : C’est aussi un archer. Il est aussi précis que l’IADE. Sauf que lui ne peut atteindre les cibles qu’à 100m de distance. Tout simplement parce qu’il n’a pas le même arc que l’IADE et la formation qui va avec pour s’en servir avec efficacité.
  • L’ambulancier : C’est le logisticien de l’équipe. Celui qui va participer à la bonne maintenance du matériel, qui va emmener toute l’équipe sur le pas de tir le plus vite et le plus efficacement possible. Sans lui les cordes claquent, les flèches partent à l’ouest et on perds du temps à chercher du matos.

C’est évidement toujours réducteur, mais je pense que ces images sont assez proches de la réalité et permettent de mieux comprendre mon point de vue sur la chose. Malgré tout, je pense que la vidéo va provoquer pas mal de réactions passionnées et que les discussions n’ont pas fini d’user les claviers. C’est pourquoi les commentaires de la vidéo sont désactivés afin de tout regrouper ici. Installez vous, ce ne sera pas long.


 

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De retour de temps en temps

Après plusieurs mois de sommeil thérapeutique, le blog est un peu de retour. Pour diverses raisons, j’ai du me remettre à WordPress et cela a été l’occasion de mettre à jour toute l’interface du blog. Pas grand chose de visible pour vous, puisque le thème est sensiblement identique. En revanche, toute la base de données et l’outil de gestion sont à jour en respectant les limitations techniques de Free.

Concernant le boulot, je n’ai pas encore changé, l’occasion idéale ne s’étant pas présentée. Il faut faire bouillir la marmite. En attendant, je me suis fait une raison, le moral va mieux. Suffisamment en tout cas pour passer de désabusé à résigné. J’ai pris du recul, mais ma vision de ce qui est en train de se passer n’en est pas moins aussi cynique. Je vais d’ailleurs très bientôt commenter un reportage assez éloquent sur certaines notions de compétence en médecine d’urgence.

Je ferais également quelques essais de modules et autres joyeusetés pour tester les « nouveautés » de Worpress. Les commentaires sont à nouveau ouverts.

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Adieu métier de merde

C’est le cœur lourd que je prend la plume aujourd’hui.

Je n’aime plus mon métier.

Je suis fatigué. Fatigué d’une gestion hospitalière administrative qui joue avec des numéros, avec des gens. Juste pour avoir un bilan qui plaise au chef. Sans chercher à comprendre ce qui est géré et les implications que cela peut avoir. Mon métier ne veut plus rien dire. Formés pendant deux années supplémentaires et après un concours seulement accessible après un minimum d’expérience nous avons eu droit au programme de l’internat d’anesthésie. Pourquoi ? Pour rien.

Je suis fatigué de devoir me justifier sur les doses que j’utilise lorsque j’effectue une titration analgésique. Ce sont les doses des recommandations. Ni plus ni moins. Mais parce que le médecin ce jour là est mal embouché, ça le défrise que l’infirmier ait fait son analgésie comme un grand. « J’aimerai que tu me demandes avant de faire les choses ». Et la prochaine fois que je suis obligé d’intuber à ta place parce que tu prends le laryngo dans la main droite, je te demande la permission aussi peut être, ou j’attends que la gamine crève ?

Je suis fatigué des grandes claques dans le dos façon « putain heureusement que vous êtes là » et des coups de poignard entre deux portes « je les laisse faire, ça leur fait bien plaisir ». Les IADE doivent se battre pour garder la possibilité de faire du SMUR alors qu’ils sont sensés être prioritaires dans cette activité (c’est inscrit dans le Code de la Santé Publique). Alors on veut les faire retourner au bloc… pour qu’ils soient en salle de réveil. Ils sont dingues.

Je suis fatigué de devoir jouer les diplomates avec des médecins qui, lorsqu’un vieil homme se plaint d’une douleur qui l’empêche de marcher se demandent ce qui se passe. Pourquoi? Parce que le vieil homme a mal après une semaine d’hospitalisation en cardiologie, que son point de ponction de perfusion est rouge vif, que sa hanche est chaude, qu’il est fiévreux et qu’il a une prothèse de hanche de ce côté. Parce que ce vieil homme est mon grand père et que c’est moi qui suis obligé d’organiser son transfert en orthopédie pour qu’on confirme que oui, la hanche est infectée et qu’il faut faire un lavage d’urgence.

Et j’ai peur. Peur qu’un jour quelqu’un dans ma famille ait un problème. Un vrai problème. Et que je ne sois pas présent. Le jour ou cela arrivera, je serais chiant, pénible pressant et intervenant physiquement. Parce que malheureusement j’ai la malchance de voir tous les jours de plus en plus que les incompétents sont de plus en plus nombreux à des postes sensibles. Et je devrais fermer ma gueule parce que je suis infirmier ?

Alors je vais travailler vidé de toute motivation. De tout plaisir. Mon travail est simplement devenu alimentaire. Dès que l’occasion se présentera j’en changerai.

Mon seul réconfort, mon seul plaisir est de retrouver ma famille. De pouvoir serrer mon fils dans mes bras, le voir sourire, faire des bêtises, s’étonner me câliner. Voir ma femme aussi qui, je ne sais comment arrive elle à encore aimer son boulot à l’hôpital. Ils sont devenus dingues dans les hôpitaux publics. Je veux rester dans ma bulle, dans ma famille et les laisser se bouffer entre eux et se complaire dans leur suffisance crasse.

Vous l’aurez compris, ce blog n’a plus aucune raison d’être. Il était déjà moribond et après  une longue période d’inactivité il est en train de lâcher son dernier soupir. C’est celui que vous êtes en train de lire. Vous pouvez toujours essayer de laisser un message ou d’écrire sur le mail du blog. Je passerai de temps en temps. Mais n’attendez pas de réponses. En tout cas pas de réponses rapides.

Et surtout, surtout… Portez vous bien.подаръци

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Catch attack

 

Sortie SMUR pour un homme inconscient sur la voie publique. Le médecin avec qui je sort est un anesthésiste que je connais bien. On travaille régulièrement ensembles et on s’apprécie. Arrivés sur les lieux, un homme nous fait signe. Il nous mène à la victime. Un type d’âge moyen qui sent vaguement l’alcool, mais qui reste très loin des standards du genre (qui émanent à trois mètres). Il respire normalement, ne répond à aucune stimulation. Nous le chargeons vite fait dans l’ambulance, il fait froid.

 La situation est embêtante. Tous les signes vitaux sont strictement normaux. Seule cette inconscience fait tache. Pas de signes d’injections, l’haleine est alcoolisée, mais tout comme pourrait l’être la mienne après un apéro. J’ai posé une perfusion avec une aiguille de bon calibre (14G ça commence à aller…) justement pour le faire réagir par la même occasion. Nada. Nous restons perplexes et demandons un renfort pour un second avis. Quelques minutes plus tard, le renfort arrive et commence son examen de la même manière qu’à notre arrivée. Et là miracle, monsieur daigne ouvrir les yeux et nous lâcher « c’est une putain d’ambulance ou quoi ? vous allez m’emmener à l’hôpital oui ? qu’est ce qu’on fout là bande de connards ! »

  »Et toi enculé tu me retouches je t’exploses la gueule »

 C’était pour moi. Oui, je suis particulièrement doué pour les stimulis douloureux…

 J’ai pris sur moi pendant le transfert pour ne pas lui sauter dessus. Parce que le zèbre en question a continué à me chauffer pendant 10 minutes. L’anesthésiste est resté entre lui et moi. Je pense qu’il m’avait vu prendre le manche de laryngo en main… Un manche de laryngo, ça fait mal même sur un connard. J’ai pris le temps d’appeler la régulation pour que les flics nous attendent aux urgences. Et ce qui devait arriver arriva. L’abruti dans le box a tout à coup décidé de tout arracher. Résultat du sang partout et surtout dans les yeux de ma collègue des urgences qui se tape un accident d’exposition au sang dans la foulée. Ne croyez pas que les flics aient levé le petit doigt, c’est moi qui ai sauté sur le gars pour le plaquer au sol. Je dois dire à ma grande honte que je n’attendais que ça.

Ce n’est pas la première fois que ce genre de chose arrive. Et invariablement cela se termine de la même façon. Que ce soit moi ou un autre qui saute sur l’intéressé.

En sortant des urgences, je jure, je vocifère, je peste. J’en ai plein les bottes des connards. Il est temps que je retourne au bloc…

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